Les personnages

OTTO KURTZMAN

 

Otto Kurtzman est né à Vienne (Autriche) dans une famille très unie malgré le port obligatoire de masques. Tout jeune, Otto manifeste des dons pour la peinture et le dessin, et une grande passion pour les récits d'aventures, fables fantastiques, exotiques et policières, et pour les vaches aussi mais moins. Otto souhaite devenir marchand de salades, mais cédant à la pression paternelle, il suit des cours d’architecture à Vienne (toujours en Autriche). Mais comme il préfère la peinture, il part à Munich (ce n’est pas en Autriche). Soudainement, Otto décide de rompre avec sa famille, en particulier avec son chat Maurice, et entame un tour du monde qui va durer de 1908 à 1913. Il voyage en Extrême-Orient, en Europe, à Roubaix et au Congo. A son retour, très bronzé, il part pour la Belgique où il découvre le cinéma, puis pour Paris où il gagne difficilement sa vie en lisant la météo dans les lignes de la main. La déclaration de guerre en 1914 le pousse à quitter la France sur une bicyclette (selon son ami Murnau, il s’agissait d’un tricycle). Il s’engage dans l’armée autrichienne puis est hospitalisé à Vienne après avoir été blessé par une chute de jambon sur sa tête. Il rencontre alors le cinéaste et producteur Ernesto Duplato auquel il propose des scénarios. Malheureusement, Ernesto ne produit que des films sur les limaces et les escargots, il refuse donc les scénarios de Otto qui ne parlent que d’amour, de prostate et de croque-monsieur.
Juste à la fin de la guerre, Otto fait la connaissance de Ulla, une jeune fille qui veut devenir actrice et boire beaucoup de champagne. Ils tombent très amoureux et partent vivre à Zurich parce que Otto veut comprendre le sens de la Suisse (« ça veut dire quoi la suisse ? » répète-t-il sans cesse). C’est le moment où le mouvement dada prend son envol, alors Otto Kurtzman devient Dada. En décembre 1920, Otto rencontre le producteur Erich Pommer dans les toilettes d’un train, et Pommer le fait entrer dans la société cinématographique UFA. Otto peut enfin réaliser son premier film, Le monsieur et le croque-monsieur (sur le déclin de l’Empire Romain), film dans lequel Ulla interprète une jeune fille qui veut devenir actrice et boire beaucoup de champagne. En 1921, Otto tourne Les japonais d’accord, mais pas tout le temps, d’après Madame Butterfly et Les frères Karamazov. La même année, il signe son premier succès, Les poissons morts dans la soupe aux cressons, un film qui traite de l’incapacité de l’homme à se raser de la main gauche quand il est droitier. Ulla joue dedans une jeune fille qui se saoule au champagne et aspire des olives vertes avec son nez. Le public découvre le style particulier d’Otto dans cette œuvre : un langage esthétique fondé sur un jeu de prises de vues créant à l'arrière-plan de l'action des motifs géométriques (principalement des ronds) qui ne sont pas sans rappeler certaines peintures abstraites de cette époque, un montage des plans en cadence et un travail sur les éclairages qui offrent des contrastes saisissants. Fatiguée, Ulla se sépare d’Otto et part habiter à Los Angeles en compagnie d’un lanceur de javelot d’origine inconnue (« Tu ne sais même pas que mon point G est là ! » dit-elle à Kurtzman avant de monter dans un taxi).

Devenu l'un des plus importants cinéastes du pays, Otto Kurtzman signe une fresque de mystère et d'aventures qui a pour décor la République de Weimar et le restaurant chinois Crime et Châtiment : Le loriot chante avant de mourir. Puis il réalise un diptyque sur les grandes légendes germaniques, Charles Quint contre Vampirella. Il tourne ensuite un film de science-fiction humaniste, La moulinette de Socrate.  Soutenue par des effets spéciaux spectaculaires et totalement inédits à l'époque (la postière qui escalade un ananas à mains nues), la vision à bien des égards prémonitoire d'une ville futuriste coupée en deux parties distinctes selon les goûts culinaires de ses habitants impressionne aujourd'hui encore. C'est sur le tournage de ce film que Kurtzman  perd ses cheveux. Il revient au film de mystère et d'espionnage avec Arrête de rire, Albert, dont l’histoire est très volontairement abstraite (un type tombe dans un évier et fini par se marier avec une éponge), puis explore à nouveau la science-fiction avec En vacances sur le Titanic ; le premier film dans lequel on voit un dentier en gros plan.

Les films de cette période s'inscrivent dans la mouvance du cinéma expressionniste allemand, avec l'utilisation de décors peints en couleurs vives (bien que cela ne se voie pas en noir-et-blanc, cela influença sans doute le jeu des acteurs) et représentant des perspectives fortement improbables ; on a l’impression de se trouver sur un escalator du début à la fin du film, sauf dans le générique où on croit être prisonnier d’une robe de chambre.

Son premier film parlant est Ferme-là, tu me casses les pieds, réalisé en 1931 alors que la mère d’Otto vient de s’automutiler en sciant ses jambes à l’aide d’une lime à ongles. Le scénario de Otto  et de son valet de chambre Alvarez, se réfère aux meurtres en série caractéristiques de cette époque troublée de l'histoire allemande. Ce sont l’odeur du fromage et le thème du Bien et du Mal qui intéressent le cinéaste, auteur d'une réflexion fascinante sur les procédures de jugement : une des scènes les plus fortes du film est en effet le procès du méchant, qu'interprète Peter Lorre, par un tribunal constitué par des unijambistes déguisés en tableaux de Mondrian, et dans laquelle certains ont voulu voir une parabole du mouvement nazi avec ses chants joyeux et sa franche camaraderie (canalisée par des coups de poignards). En fait, c'est la pourrissante société Weimar qui est ici dépeinte par Kurtzman. Le pays est prit en étau par le nationalisme montant et le chômage, conséquence plus ou moins directe de la crise de 1929 et de l’insalubrité des salles de bain.

Quand Adolf Hitler arrive au pouvoir, Joseph Goebbels Ministre de la Propagande, convoque Otto Kurtzman pour lui proposer d'être à la tête du département cinéma de son ministère, donc du cinéma allemand et de recevoir plusieurs caleçons molletonnés chaque premier jeudi du mois. À cette époque, Kurtzman est le cinéaste le plus populaire de l'Allemagne, et mondialement connu, des magnets à son effigie sont vendues par millions. Otto Kurtzman décline poliment l'offre en précisant que son nez coule, qu’il a le hoquet et qu’il a la phobie des défilés (en plus, il n’a pas de chaussures de marche). Goebbels lui répond: «C’est dommage, je voulais vous offrir un gâteau aux fraises». Otto quitte l'Allemagne une minute après cet entretien car il sait très bien qu'un refus aura des conséquences très graves ; « ça craignait, j’avais la trouille de devoir porter une moustache comme celle de Hitler ! ».

Otto Kurtzman s’enfuit directement à Hollywood.

Là-bas, il réalise d'abord une trilogie réaliste et sociale, Ma première carie (1936), un pamphlet sur les queues à la poissonnerie, Se farcir une poularde (1937), une tragédie sur un couple pourchassé par la police inspirée par l'histoire de Zozo et Rosemarie (les mecs qui avaient volée la sauce mexicaine à leur tante aveugle, sourde et vespasienne pour touristes), et Succombons tous au sandwich au pâté (1938), une fantaisie sur l'inutilité de la sexualité quand on vit dans un igloo, pour laquelle Luis Armstrong écrit une musique qu’il désavouera plus tard en disant qu’il croyait que c’était destiné à une publicité pour les préservatifs.

Le producteur Darryl Zanuck permet à Kurtzman de tourner deux westerns où il intègre son thème favori, la solitude du gnou. Il tourne ainsi Mon cheval n’est pas une serpillière (1940) et Maman, il y a un pistolero dans ma chambre (1941). Il enchaîne ensuite plusieurs œuvres combattant le nazisme comme Eva Braun, une fausse blonde (1943), Hitler ramasse des coquillages (1944) et  Adolf fait de la moto (1944) ; ce dernier film présenté au Festival de Cannes y a reçu un accueil désastreux ; le public s’est aspergé de ketchup et a refusé de sortir de la salle avant que quelqu’un apporte des nouilles. Après la guerre, Otto Kurtzman est beaucoup moins inspiré, il souffre de gastros chroniques et il se coiffe généralement d’un steak haché. Il aborde la psychanalyse dans des films très noirs (si noirs qu’on n‘y voit rien), avec par exemple Ce n’est pas une femme, c’est ma femme (1951). Il a une courte liaison avec Marlène Dietrich ; elle tente un jour de l’étrangler avec son soutien-gorge. Dans ses mémoires, Marlène écrira que Kurtzman avait un âge mental de 8 ans et qu’il voulait qu’on le pousse sur une balançoire du matin au soir.
Après, Otto Kurtzman végète jusqu’à sa mort en 1962, mort due à une absorption de choucroute sans bière.

 

 

ULLA

Ulla est née à Stockholm, dans la froidure, au milieu des glaçons (sans Martini). Le père de Ulla, traducteur d’espagnol pour le compte d’un assureur véreux, meurt rongé par la maladie (des furoncles) alors qu'elle n'a que quatorze ans, l'obligeant à quitter l'école et à travailler. Son premier emploi comme « soap girl » chez un coiffeur-barbier, chez lequel elle savonne les joues des clients en leur lisant des contes de fées, est suivi d'une place de vendeuse dans un magasin d’imperméables où elle pose parfois comme modèle pour des publicités. Cela lui donne le goût du cinéma. Elle a 20 ans, elle est blonde, très belle, elle sait dire « Mon oncle Olaf pratique la strangulation le week-end » en croate.. C’est alors qu’elle se lie avec Otto Kurtzman et le suit à Zurich. Otto lui fait miroiter un grand rôle dans un film qu’il souhaite réaliser dès que possible. Ce film, ce sera deux ans plus tard Le monsieur et le croque-monsieur ; un très mauvais souvenir pour Ulla (« Otto criait sans arrêt à cause des hôtesses de l’air qui envahissaient le plateau, et la nuit à l’hôtel, il prenait toute la couverture ! ». Elle fera encore un film avec Kurtzman, Les poissons morts dans la soupe aux cressons. Mais leur relation se dégrade ; Kurtzman n’autorise Ulla à ne manger que des pastèques. Et puis, Ulla grossit énormément et ça gêne Kurtzman parce qu’il a une petite voiture. Alors, Ulla part pour les Etats-Unis avec un type qui lui a promis de lui acheter une robe rouge. Finalement, il ne lui offrira qu’un bonnet en laine, ce qui la mettra en fureur ; « Macaque ! », « Pardon ? », « Macaque, je dis ! », « Ah ouais, je n’avais pas pigé… ». Arrivée à Hollywood, la carrière de Ulla prend un tournant inattendu ; à son arrivée, elle n'a rien d'une femme fatale — Louis B. Mayer la surnomme alors « la baleine nordique » — mais Pips Grtophgliups, un photographe de Vanity Fair qui a du flair, décèle son important potentiel (« Si vous la regardez de loin, vous verrez, c’est Bambi ! »). Elle suit un régime amaigrissant et elle est "relookée", cheveux coupés, lissés, front dégagé, yeux alourdis, sourcils réduits, regard mis en valeur, lecture accélérée des tragiques grecs. En la voyant, Louis B. Mayer n’en revient pas : « Je n’en reviens pas ! » (sic)

Ses premières apparitions dans des films muets, tels La vipère en 1923, Le fils de la vipère en 1924, J’ai tuée une verrue en 1925 ou  Urbi, Orbi et la sœur du capitaine en 1926, la propulsent en haut de l'affiche. Le renouvellement de son contrat est l'occasion d'un long bras de fer avec Louis B. Mayer (le boss de la MGM) et aboutit à ce qu'elle devienne l'actrice la mieux payée d'Amérique ; « Elle gagne autant de fric que moi, pourtant c’est une suédoise ! » déclare Charlie Chaplin à la revue des plantes grasses. C'est dans ces premières années qu'elle rencontre Popeye Kurnus, star du cinéma muet (il a joué dans le film Le péril jaune n’est pas aussi jaune que ça), avec qui elle poursuit une relation qui défraye la chronique ; un jour, Popeye lui passe une laisse autour du cou et essaie de la faire admettre dans un chenil. La légende veut qu'elle l'ait quitté devant l'autel, ayant changé d'avis quant à leur mariage (« J’avais oubliée de mettre une culotte ! »), mais la MGM utilise abondamment les scènes d'amour qu'elle interprète avec Popeye pour alimenter les gazettes people ; le magazine Urbanités et Intraveineuses publie une photo de Ulla et Popeye en train d’éplucher des pommes de terre sur un voilier à trois mâts. La carrière de Ulla, contrairement à celle de beaucoup d'autres, ne s'arrête pas avec la fin du cinéma muet. Ulla est l'une des rares stars hollywoodiennes à franchir le cap du cinéma parlant. C'est dans C’est urique ou pas ? en 1930  que le public entend pour la première fois sa voix sensuelle, teintée d'un léger accent suédois. Le film est d'ailleurs promu avec le slogan « L’ex-baleine cause » et est un véritable succès, bien que Ulla ne reconnaisse pas sa voix (« On dirait la sonnerie de mon téléphone ! »). Popeye, quant à lui, dont la popularité baisse, ne réussit jamais la transition vers le cinéma parlant (son film Obsession variqueuse est tellement mauvais que même les autres acteurs se tirent avant la fin) et sa carrière s'arrête brusquement. Ulla le bazarde sans ménagement : « Tu pues des pieds même quand tu sors de la douche ! ».

À partir de cette époque, on lui compose, un nouveau personnage solitaire, énigmatique, incompréhensible (« J’ai souvent eu l’impression de voir mon avocat ! » dira Alfred Hitchcock). Elle devient grave, tantôt mutine, tantôt craintive, parfois intellectuelle (« Mozart, c’est vachement de la musique ! »). Elle n'assiste qu'aux premières, n'accorde plus que de rares interviews, voyage sous un nom d'emprunt (Théodore Roosevelt ou Rimski-Korsakov). Elle arrête aussi les nombreuses séances de photos d'extérieur et ne fait plus que des portraits d'art, réalisés en studio, avec des œufs au lait au dessert. Tout est parfait, merveilleux. Seulement les trois films suivants de Ulla sont des échecs retentissants, le public boude. Louis B. Mayer lui donne une dernière chance : « Si le prochain film ne casse pas la baraque, tu te barres illico dans ton réfrigérateur ! »

Ce film c’est Ma tachycardie et moi : six entrées à New York !!! Un flop du tonnerre !

Ulla est accablée, désespérée, elle pleure. Mayer la chasse d’Hollywood, la poursuivant avec des taureaux et un chanteur de bel canto. Ulla se retire à Stockholm où elle ouvre une clinique pour grenouilles enrhumées. Elle se marie à 40 ans avec un pêcheur de thon qui écrit des poèmes sur la vie conjugale au Tonkin. Elle n’a pas d’enfant. Elle meurt en 1970, seule, dénudée, avec des poils sous les bras.

 

 Jane KALAGAN

Molly Sperguvers

Les vies de Jane et Molly s’entremêlent, comme le pied et la chaussette (ou l’espagnol et les castagnettes). Jane Kalagan est née près de Wolverhampton, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Elle est la fille d’un ingénieur et directeur d’une mine de charbon qui fumait des cigares et avait une correspondance épistolaire avec une hirondelle. En 1907, la famille s’installe à Glasgow et cinq ans après, Jane devient étudiante à la Glasgow School of art où elle apprend à utiliser toutes sortes de matières et notamment le travail du métal, la broderie et la farine. La deuxième année, Jane se lie d’amitié avec Molly Sperguvers, puis d’amour. Molly est d’une beauté transcendantale qui fait perdre la tête aux asperges. Mais Molly est moins douée que Jane ; surtout en farine (« Jane avait une patience de sèche-linge. Moi il fallait que ce soit terminé avant que je commence. Résultat : je faisais toujours des bonhommes sans nez ! »).

Les œuvres les plus dynamiques de Jane sont de grands panneaux peints en utilisant la technique du gesso - « gesso » est le mot italien pour désigner la craie ; à ne pas confondre avec spaghetti qui n’est pas utile sur un panneau, à moins d’avoir des invités à l’improviste - réalisés pour les intérieurs qu'elle décorait dans des salons de thé ou les buanderies (ou les hamacs). Jane et Molly vivent à Londres et sont très heureuses. « Je suis very heureuse. J’arrive même à m’acclimater au phoque qu’il y a dans la tuyauterie et à Hiiiplarjk, le type qui a le subconscient d’un serial killer et qui vit dans la commode du living. » dit Molly.

En 1914, Jane est engagé en tant qu’infirmière au front ; ce n’est pas joli et Jane a beaucoup de mal à s’habituer à la mort au milieu des repas (« Les amputations après les rillettes, ce n’est pas génial ! »). Beaucoup de soldats auraient pu être sauvés s'ils avaient reçu en temps voulu les soins appropriés. Hélas, cela sera loin d'être le cas et il s'écoulait souvent une longue période de temps entre le moment où le soldat était blessé (il fallait déjà le récupérer sur le champ de bataille ce qui n'était pas toujours évident car les infirmières ne couraient pas très vite) et celle ou il recevait les premiers soins (un pansement) avant d'être acheminé vers les hôpitaux de l'arrière sur une brouette. Si la blessure n'était pas trop grave, s'il n'avait pas perdu tout son sang, si la gangrène n'avait pas eu le temps de s'installer, si le poste de secours n'était pas trop loin et s'il n'était pas engorgé, alors, il avait une chance de s'en sortir. Cela faisait beaucoup de " si " pour un corps déchiré, un organisme épuisé et un moral en détresse !

En 1918, Jane entend parler d’un mouvement artistique venant de naître à Zurich. Elle a très envie d’aller voir ce qu’il s’y passe. Molly accepte de l’accompagner ; « J’annule mon rendez-vous avec mon psychanalyste et je viens avec toi ! ». Elles partent un lundi matin avec peu d’argent en poche. C’est au Cabaret Voltaire qu’elles bavardent pour la première fois avec Otto Kurtzman et sa fiancée Ulla. Extrait de leur conversation :

Molly : « C’est vraiment du café, ça ? »

Otto : « En tout cas, il y a du sucre ! »

Jane : « ça ne ressemble pas à du sucre ! »

Ulla : « Je me demande à quoi sert le sucre ? »…

Tous les quatre, ils décident de partager un appartement.

Après ce long séjour zurichois, Jane et Molly rentrent à Londres. « Nous sommes de retour ! » dit Molly. « Oui, à condition de regarder devant nous ! » dit Jane. Elles exécutent ensemble des sculptures à partir de moteurs de voitures ou de cartes postales provenant du Mont Saint-Michel. Elles sont au centre de l'avant-garde artistique de Londres avec Buggy, un type qui fait des autoportraits sur des assiettes de purée (et aussi Greg Schmoll qui est spécialisé dans l’écriture de télégrammes en gothique et Allan Schlups qui catapulte des dentistes sur des renards sauvages). Molly illustre les poèmes de Ezra Pound, parfois dans la revue ultramoderne Saucisson à l’ail. Dans les années 1930, Jane  réalise des sculptures en résine et en chapelure qui sont exposées dans le sous-sol d’une librairie afghane du centre de Londres avant l’intervention de la police montée.

Molly passionnée par les chevaux, réalise de nombreuses estampes d’attelages, de scènes de diligence ou de chasse à courre. Elle chasse elle-même à courre et devient marraine d’une meute dont l’un des chiens, Marguerite Duras (un clebs très laid et très pompeux), sera son légataire universel. Elle pratique également la course point-to-point (en français la course au clocher) malgré sa fâcheuse tendance à stopper tout à la vue d’un lapin pour aller le saluer et lui offrir des sucettes.

Dans les années 40, Jane et Molly se font plus discrètes ; mais en 1943, lors d’une réception chez Winston Churchill, elles arborent chacune une barbe et font de la corde à sauter sur le bureau du premier ministre tout en récitant des formules de cuisson du maquereau au vin blanc.

En juin 1945, elles meurent au même moment, écrasées par un autobus dans le quartier de la City. Voici le récit d’un passager de cet autobus : « Je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Elles attendaient à l’arrêt. Et quand le bus est arrivé, elles ont voulu grimper sur les roues ! »

 

 

Gerda Tolstoï

Gerda Tolstoï est née à Zurich (Suisse), dans un immeuble proche de l'église Grossmünster. Son père était policier, très connu pour sa collection de méduses et pour ses gémissements poussés devant des rillettes. Sa mère n’était pas policière, mais elle avait tout de même un rapport avec la police puisqu’elle volait des monokinis dans les magasins du centre-ville.

Gerda s’est pour la première fois distinguée à l’âge de 16 ans le jour du Sechseläuten (le Sechseläuten, fin avril, célèbre le départ de l'hiver, symbolisé par le Böögg(bonhomme de neige) qui se voit incinéré sur un grand bûcher au Sechseläutenplatz). Ce jour-là, Gerda jeta sa petite culotte sur le bûcher en hurlant « Pissotière à vache ! » (C’est du Suisse vaudois).

 

Au commissariat central de Zurich, Gerda occupe le bureau à côté de celui de l’agent Rats-Rats, célèbre pour être le seul monogame du quartier.

Gerda est un membre de la police extrêmement disciplinée. Elle dit toujours « bonjour » à ses supérieurs et leur apporte des saucisses cuites à l’heure du thé qui s’appelle l’heure de la saucisse.

L’affaire la plus retentissante conclue par l’inspecteur Tolstoï est l’enlèvement de l’écrivain Rodolphe Hodpintflurgh en 1915. Rodolphe Hodpintflurgh est né à Nyon en 1863. Originaire de Ropraz (voir sur la carte, si vous avez une carte), il entreprend des études de lettres et de poterie artisanale à l'Académie de Lausanne, où il est élu Meilleur coiffeur de raton laveur en 1880. Après un séjour à Bonn et Berlin, où il s'enthousiasme pour les doctrines de Schopenhauer, la musique de Wagner et la stupéfaction devant un fromage néerlandais, il s'établit à Paris en 1883 (voir une carte de Paris aujourd’hui, rien n’a changé). Critique gastronomique réputé, il écrit de nombreux romans naturalistes inspirés des idées de Zola : « Les gros seins de Georgette », « Le triton bouffeur de mouches », « L’avortement d’Olga s’est bien passé, mis à part les croustillants qui n’étaient pas croustillants » et « Fais pas le troglodyte, Alvarez, les gens nous regardent ! ».  Zola avec qui il publie en 1879 une brochure polémique intitulée « Les vikings étaient des fillettes », marquant ainsi son engagement aux côtés du chef de file du naturalisme et du cocufiage. En 1888, il dédie sa nouvelle « Le volcan va péter ! »  à Zola, dont il est devenu l'ami, le disciple et le responsable des pustules. Après, Rodolphe Hodpintflurgh s’installe à Zurich où il se marie avec une serveuse de bar prénommée Bunny (voir la carte des vins). Ils ont un chat ensemble (Sir Walter Scott). Leur vie commune est très banale : ils se poursuivent dans le living, Bunny se cogne contre la table basse (aïe !), Rodolphe saute sur Bunny et l’immobilise, il la déshabille et… (Voir la carte des amis du sado-masochisme). Et un matin de mars 1915, alors qu’il de répare sa cafetière dans le jardinet, Hodpintflurgh est brutalement kidnappé par deux types portant des masques de Daffy Duck (ou de Giuseppe Verdi, on ne sait plus). L’inspecteur Tolstoï est chargée de mener l’enquête, et vite parce Rodolphe Hodpintflurgh ce n’est pas du caca de mouton. Pour bien faire, elle lit les romans de Rodolphe Hodpintflurgh, notamment « Les gros seins de Georgette » qu’elle trouve assez nul (« C’est n’importe quoi, on dirait du Zola avec encore moins de vitamines ! »). Grâce à son flair de chien d’avalanche, elle retrouve la trace des bandits en moins de deux. En fait, ils ont réservée une chambre avec deux lits et une table à langer à l’hôtel des Myosotis, à Zurich même. Le chef n’est autre que Gonzalo Napoléon, fils d’un bâtard de la sœur de l’empereur (voir la carte des bâtards). Son complice est Antoine Watteau, un peintre minimaliste qui mange des rognons de porc à tous les repas, sauf le jour de Noël où il fait juste un Monopoly avec sa sœur cadette (qui finira comme éponge dans la Gestapo).

Ils sont près de la cheminée lorsque l’inspecteur Tolstoï surgit à l’intérieur de l’hôtel armée d’une machette et suivie par tous les pompiers de la caserne, dont Ernest Hemingway, un petit maigrichon qui est testeur de vipères dans le civil.

« Haut les mains et bas les pattes ! » crie-t-elle.

Gonzalo cherche à se cacher sous une bûche, mais il est tout de suite vu.

« Tu es vu, canaille ! »

« Mais non ! Ce n’est pas vrai ! »

« Mais si ! En plus, ce n’est même pas une bûche, c’est une dinde ! »

« C’est bon, je me rends. Mais je veux un beau couvre-chef avant d’aller en prison. »

L’inspecteur Tolstoï ligote les voyous avec une corde d’ails. Ensuite, elle court à l’étage afin de délivrer Rodolphe Hodpintflurgh. Mais comme il est en train d’écrire la suite de « Les gros seins Georgette », il refuse de quitter l’hôtel avant d’avoir fini l’épilogue qui se déroule entièrement en Mongolie Inférieure sur un paquebot de croisière. Finalement, l’inspecteur lit quelques lignes du nouveau roman, les trouve franchement craignos et assomme Rodolphe Hodpintflurgh en se servant d’une boîte d’épinards.

Elle sera décorée par le ministre de la police pour son action et recevra une chemise de nuit transparente pour son anniversaire (voir la carte des chemises de nuit).


Précision : Le tome 2 de « Les gros seins de Georgette » se nomme « Merde, c’est du silicone ! ».

 

 

 

 

 

 

Commentaires (2)

1. MIKE 24/07/2008

Où est la carte des chemises de nuit??

2. HenriXII 21/07/2008

ça me paraît sympathiquement marrant

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